L’oiseau des Princes

Je le vois arriver depuis la cime des cieux. Il n’est pas très grand, et pourtant, il semble vouloir me saluer. Depuis déjà quelques jours, il ne cesse de tournoyer au-dessus des balcons des maisons environnantes. Twit twit. Un vol plané d’une grande majestuosité. Comme s’il espérait me démontrer sa beauté. Ou peut-être m’emmener un peu avec lui. Assise, sur ma chaise en bois, je ne le quitte pas des yeux. Même lorsqu’il disparaît de mon champ de vision. Twit twit. Je l’entends, et c’est comme si j’étais toujours avec lui. Cet oiseau princier me montre la vie d’un nouvel oeil. Le vent glisse sur ses plumes éclatantes, et le soleil rebondit sur son dos flamboyant. Il pourrait presque se fondre dans la masse des tuiles orangées qui recouvrent les toits de mes voisins. A l’horizon, des arbres d’un vert tendre et d’autres d’un vert plus mûr. Twit twit. Son cri aigu résonne dans les rues désertes. En dehors des moineaux, et parfois d’un chat sauvage, le quartier lui appartient désormais. Il s’y est établi en maître absolu, telle est la signification de son chant entêtant. Twit twit.
Twit twit. Qui est donc cet oiseau ? D’où vient-il ? Pourquoi ne l’avais-je jamais vu auparavant ? C’est silencieuse que je lui adresse toutes ces questions. Je n’ai pas besoin de crier pour qu’il m’entende. Ma présence seule lui suffit. Twit twit. Il tournoie autour de moi. Presque insolent dans sa beauté. Un peu narquois. Twit twit. Lui peut s’ébrouer à volonté dans l’air agréable du printemps, il peut bien continuer à siffler, mes yeux sont rivés sur lui. Quoi qu’il fasse, je l’admirerai. Twit twit. Il jette un cri arrogant à la corneille perchée sur une parabole, que jamais personne ne regarde. Comme la nature est parfois injuste ! Mais la corneille n’en a que faire, et elle s’envole par-dessus la cheminée voisine. Quant à mon oiseau roi, il continue son petit jeu. Twit twit. Si j’étais un oiseau, je serais un faucon crécerelle : libre de toute chaîne, libre de tout jugement.

Fanny Da Silva

Écouter la lecture de ce texte par Isabelle Malenon : https://www.mixcloud.com/radio-mne/avosplumes12/