Le petit moineau et l’hirondelle

Sur une branche du lilas du jardin, deux petits yeux contemplent les hirondelles. Posées sur les fils électriques, elles ressemblent à des notes de musique et quand elles font du rase motte au- dessus de la piscine, le cœur du petit moineau se remplit d’admiration. Qu’est-ce qu’il aimerait leurs ressembler, lui si rond et maladroit, elles si effilées et majestueuses. Quand elles s’envolent, un ballet se met en place au- dessus du jardin, une chorégraphie envoutante. Alors, un jour, lui aussi décide de devenir hirondelle, il prend son courage à deux mains et va se poser sur le fil. Les belles s’envolent à son arrivée outrées par tant d’audace ; sauf une : grand-mère hirondelle s’approche, elle aussi l’avait remarqué dans son lilas, elle aussi aimerait tellement se poser dans l’arbre. Mais ses ailes, si longues, ne le lui permettent pas. Pour s’envoler, elle doit trouver un fil, un toit, un promontoire. «   Raconte- moi tes voyages, grand-mère ! ».

 Alors, elle lui dévoile l’immensité de la Méditerranée, le sable chaud du désert brulant, les nuits glaciales, les couchés de soleil monumentaux, sa vie là- bas en Afrique. Moineau est hypnotisé par son récit, et grand-mère lui demande à son tour, de raconter son hiver. Alors, dans un élan de fierté, il lui chante l’automne flamboyant, où la nourriture abonde encore, et puis le vent glacé qui transperce le corps de ses flèches, le flocon, qui fait un petit chapeau de cristal, les enfants qui jouent emmitouflés, dans le jardin méconnaissable, puis la mangeoire remplit de graines tous les jours, l’assiette d’eau tiède qui réchauffe, le chat, ah le chat ce grand poltron dont il faut se méfier, le HLM à moineau dans la haie, la famille qui s’affaire derrière la fenêtre, l’ alliance avec les rouges gorges et les mésanges contre les pies. Et aussi, les pommes sucrées qui font le délice des merles et les tourterelles qui orchestrent la journée. Et puis le printemps, escorté par la multitude d’odeurs de fleurs, le vert des bourgeons, les abeilles qui se réveillent. L’attente des hirondelles ! Emue, grand-mère hirondelle dit à moineau : « toute ma vie j’ai rêvé d’être un moineau, alors, si j’étais un oiseau courageux comme toi, je ne chercherai plus à devenir quelqu’un d’autre ».

Lydie

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