Si j'étais un moineaux, je volerais, de la maison de retraite, jusque sur mon balcon, picorer les quelques miettes que je veux bien laisser.

Si j'étais un pigeon, je plongerais en piqué, du haut toit des immeubles, pour venir nidifier juste devant mes fenêtres. Je me demanderais pourquoi l'homme s'enferme, pendant que moi, libre, je viendrais l'observer. Je poserais brindilles, branchages et feuilles mortes pour accueillir ma belle et mes nouveaux petits.

Et si j'étais mon chien, je dégagerais dare-dare la vermine invasive qui prend mon territoire. J'aboierais sans relâche devant les bêtes à plumes qui pensent que ma terrasse est un coin de nature.

Mais si j'étais un homme, je fuirais loin d'ici, je m'envolerais plus haut que la cloche de l'église qui sonne tous les quarts d'heure le temps que je passe inerte à envier mésanges, tourterelles et corneilles. Je quitterais la ville et parcourrais le monde, j'irais à tire d'aile hors de ma kitchenette, rencontrer d'autres peuples, saluer d'autres êtres.

Si j'étais un oiseau ...

Pierre Schuller

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