Féerie blanche

Très belle rencontre  une fin d’après-midi de mai il y a quelques années .

Je suis en touriste avec un petit groupe d’ornithologues sur une île grecque et la journée se termine avec la visite d’un monastère. Certains sont déjà entrés, d’autres se sont dispersés et viendront plus tard.  Plusieurs paons, dont un blanc, déambulent sur le petit parking, indifférents. C’est donc seule que je m’apprête à entrer, mais après quelques pas je sens juste derrière moi une présence qui me suit. Un regard en arrière me fait sourire. Je m’arrête et contemple le magnifique paon blanc. Il me rejoint, arrive à ma hauteur et nous franchissons le porche étroit d’un même pas côte à côte. Nous continuons ainsi sur l’allée pavée  qui mène  au cloître. C’est magique. Nous débouchons ensemble sur le cloître inondé de soleil. Je m’arrête, il s’arrête, puis repart le premier en se mettant ostensiblement juste devant moi.  Je lui emboîte le pas dans une longue déambulation.  J’ai l’impression de voguer dans un lieu hors du temps, sans bruit, portée par une lente vague blanche ondulante et vaporeuse qui me frôle à chaque pas.  Quand il traverse un rai de soleil  filtré par une glycine qui s’encadre dans une ogive, ce n’est plus magique, c’est féerique !  Ô temps suspend ton vol ! Je m’imprègne de cette atmosphère étrange, presque surnaturelle qui se prolonge. Il manquait encore l’apothéose que je ne demandais d’ailleurs pas. Il me l’a offerte. Nous nous sommes quittés dans l’éblouissement d’une rosace diaphane.      

Laurette Meschenmoser

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