Il m’arrive de me demander où vivraient les moineaux, les rouge queue, s’il n’y avait pas de bâtiments, de splendides lotissements ?

Où irait la fidèle chouette effraie s’il n’y avait dans les granges, les clochers, un quelconque renfoncement ?

Où construirait son nid l’hirondelle de fenêtre sans un petit bout de toit ?

Sa collègue rustique est aussi dépendante du partage par les vaches et les chevaux de leur étable, de leur écurie.

Sans antennes sur les toits, de quel perchoir chanterait le merle ?

Et la tourterelle sans un chevron, un lampadaire ferait triste mine comme le pigeon de nos vieilles maisons.

Encore mieux, les martinets, j’oubliais les martinets : sans nos anciennes et grandes bâtisses aux isolations plus qu’imparfaites, où nicheraient-ils ?

C’est comme l’alouette lulu, quelle chance d’être hébergée entre les rangs de vignes parfaitement alignés et raisonnablement aspergés !

Et tu crois qu’un seul de ces oiseaux dirait merci ? Pas un qui applaudit !

« Et sans mirador, sans nos lâchers, sans nos agrainages, comment les sangliers pourraient-ils s’épanouir ? » me demandait encore récemment un éleveur (ou un chasseur, je ne sais plus, lui non plus d’ailleurs).

Depuis quelques années j’ai pu observer que les cigognes savent construire un nid sur un vieil arbre, une chandelle, sans plateforme artificielle. J’avais fini par l’oublier.

Les poules doivent bien avoir un ancêtre sauvage.

Les bergeronnettes grises s’accommodent quant à elles d’à peu près tout. Premiers signes d’une rébellion à surveiller. Faudrait pas qu’elles donnent à d’autres l’idée d’aller vivre loin de nos jolis pavillons gravillonnés et de nos boules de graines emballées dans de petits filets verts.

En attendant, je profite avec mes jumelles des quelques oiseaux du quartier muni de mon attestation. Surveillant surveillé.

Il parait que s’il y avait des arbres il pourrait y en avoir plus, que dans certaines villes il y en a plein.

Plein d’oiseaux.

Plein de surveillance.

Libres d’être épiés.

Il parait.


Si j’étais un oiseau, même en voie de disparition, je serais reconnaissant tous les soirs à 20h de tous ces aménagements.
Je ferais l’effort d’être un peu moins ingrat, masque sur le bec.

Sophie - pseudonyme

 

Écouter la lecture de ce texte : www.mixcloud.com/radio-mne/avosplumes72