Je ne veux pas sortir !

Fauvette grisette, tu chantes dans mon pommier. Tu vas et tu viens et rien ne te dérange. Fauvette grisette, je te laisse le monde ! Je ne veux pas sortir de mon petit nid douillet ! Deux mois que je suis à l’abri, deux mois que j’explore mon canapé, que je pars en expédition dans ma cuisine, que j’ose à peine ouvrir la porte du jardin de peur que quelqu’un ne me parle, deux mois que mon univers est si sûr, sans soucis, sans tracas… Je ne veux pas sortir !

Je veux lire, je veux dormir, je veux m’ennuyer, je veux me voir vieillir mais je ne veux pas sortir ! Je ne veux plus courir, je ne veux pas stresser, je ne veux plus gagner, je ne veux pas diriger ou obéir ! Fauvette grisette, dis leur, toi, que le monde est si beau quand les fourmis humaines restent dans leur terrier. Et si l’air redevenait pollué et me faisait tousser ? Et si je croisais dans la rue un punk enivré qui voudrait me taper ? Et si je glissais sur une crotte de chien et me tordait le cou ? Et si un camion sortait de sa route et m’écrasait dans la boue ? Le monde est trop dangereux, Fauvette grisette, je te le laisse volontiers. Toi, tu as l’habitude du danger, tu sais éviter le faucon vicieux, la buse féroce, le chat cruel. Quoiqu’il arrive, tu chantes dans mon pommier ! Chanter, c’est ton seul souci : comme je t’envie !

Si j’étais un oiseau, je crois que je serais un canari, à l’abri du monde dans sa cage dorée.

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