La Meuse et le jardin

J’ai pris les chemins de forêt. J’y ai trouvé les sources. L’eau était libre. L’eau était douce. Elle rendait l’herbe folle et la pierre polie. La rosée du temps glissait sur ma peau, comme une perle sur la dune. Je buvais les chemins comme le jardin boit le ruisseau.

J’ai grimpé aux arbres. Des arbres dont je ne connaissais pas le nom. Je mêlais mes empreintes à l’écorce. Les bras et les branches allongeaient l’horizon. Je jouais dans les bois. Je construisais l’enfance. Je m’écorchais, je m’étonnais, je vivais. J’étais l’arbre dans la forêt.

 Les feuilles tombaient lentement par vague. Elles voguaient dans l’air à la fin de l’été. Elles ondulaient comme le fleuve tout proche. Elles étaient le paravent élégant au soleil. Les feuilles se courbaient avec grâce. Elles s’allongeaient sur le sol et regardaient le ciel.

 J’aimais les effleurer. Un doux filament tissaient leur silhouette. On aurait les pétales d’une fleur inconnue. Elles avaient le parfum des saisons. Elles seront bientôt le crépitement de l’automne et la nostalgie de l’enchantement. Elles s’envoleraient pour toujours.

 A l’aube, le fleuve soufflait lentement la vapeur de la nuit. Le soleil éveillait peu à peu les jardins. A la surface scintillaient des points lumineux qui s’envolaient sous nos cailloux chantants. J’avais l’impatience de l’enfance et la sagesse du rêve. Le fleuve creusera encore la vallée. la montagne dans ses bras.

La Meuse a un trésor, il se cache près de la forêt, il se cache près des jardins.

Un jour,  nous irons  voir la mer.

 

Kamel Ameur

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