Le jardin

La porte est scellée, une chaîne et un cadenas. Les planches de bois sont droites et fières. Des clous, de la rouille, c’est la porte d’entrée, la voie du jardin. Ici, les mains se creusent comme le sillon sur la terre. Je porte le béton et l’ardoise. Je tamise la terre. C’est la racine des racines. C’est l’aube et le coucher du soleil. Et dans une cabane de tôle et de bois, je trouve le repos et la paix.

Un morceau de pain et pas grand-chose. Je n’ai faim que de mes rêves.  L’eau de pluie se noie dans un grand bac bleu turquoise. L’arrosoir tisse la terre grise de lignes fertiles. Le père à bout de bras,  soulève la patience. Retourner la terre pour retourner vivre. C’est le jardin ouvrier. C 'est la nature qui fait son labeur. Elle est l’enchantement discret. Elle te fait beau et  seule, te reconnait.

Une fleur élégante marche. Elle est reconnaissante. Le père solitaire se courbe comme le roseau. Il pleure parfois la rosée. Sans boire, ni manger, pour nous donner à manger. Les conserves pour l’hiver. Le pommier de terre et la foret de haricots. C’est le fruit défendu. C’est le jardin du dimanche ou de tous les jours. Au bout d’un chemin de pierre, à l’abri dans le jardin vert, l’amour nous attrape en tiges fines. Si brave et si courageux.

La vie devient soudain plus douce, quand la famille y fleurit. Tout près du fleuve tranquille ou du chemin de fer, je t’accompagne et je ne sais pas où je vais. Une carriole dévale la pente. Elle nous porte avec nos rires. Elle reviendra pleine à croquer car c’est jour de moisson. Le mois d’août est d’arc en ciel et de pluie. J’ai encore grandi cet été. Je n’ai pas vu le jardin s’éloigner. Il est loin le jardin d’antan. Les saisons passent et le jardin d’hiver attend déjà son chef d’œuvre.

 

Kamel Ameur


Lecture du texte par Stéphane Oerthel

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jardin ouvrier