Le mot du Merle

Willer sur Thur, là où créchait son domicile, pouvait s’enorgueillir d’être un trait d’union entre la
nature et la ville. D’ailleurs l’action se déroulait aux confins de la forêt gracile. En début avril, alors
que le confinement battait son plein, elle avait la chance de pouvoir s’aérer et goûter aux plaisirs
luxurieux d’un jardin radieux et étendu. Le soleil était à son zénith, il fallut se replier dans l’ombre
des feuillus. Quelle meilleure place que le hamac pour apprécier les histoires attendues. C’était
décidé, elle irait se réfugier entre le vieux conifère et l’ancien poulailler abandonné aux herbes
folles et ardues.
En pleine lecture, balancée légèrement par la douceur de l’air, dans une excquise torpeur, non loin
de l’assoupissement, elle écoutait les vocalises printanières des oiseaux, un joli mélange de
tonalités. Ça jacassait ferme. Comme si l’air de l’enfermement avait libéré l’expressivité de notre
environnement. C’est alors qu’elle cru surprendre une conversation troublante. Le merle moqueur,
avec dérision et gaîté, s’égosilla : « De rouge est ta gorge mais ton trille s’arrête avant d’avoir
commencé ». Le rouge-gorges bombant sa poitrine ne prit même pas le temps de répondre au
malandrin. Il pensait qu’une démonstration de force ferait taire l’importun. C’était mal connaître le
merle qui aimait à discourir et parlementer : « Cesse de bomber le torse, il est assez des hommes
pour croire que la force est signe d’intelligence, prends plutôt modèle sur moi, avec diligence, et
entonne la célébration de cette nouvelle ère où nous malheureux volatiles nous pouvons à nouveau
pousser la sérénade sans être dérangés par le bruissement de la civilisation mercantile ! ». Ah que
c’est beau, se dit-elle, si seulement j’étais un oiseau, j’étreindrais le ciel de mes ritournelles comme
le Merle.

Flora Pourcelot

Écouter la lecture de ce texte par Matéo Janin : https://www.mixcloud.com/radio-mne/avosplumes7/