C’est qui le pigeon ?

Mardi matin, 8h30. J’allume mon ordinateur, j’ouvre la fenêtre qui donne sur le cendrier du rebord de la fenêtre d’en face. 3,5m nous séparent (j’ai pris le temps d’aller mesurer suite à l’échange que vous allez lire). Un pigeon, avec qui j’ai maintes fois dialogué dans la rue est posé là, cigarette au bec.

  • Le pigeon dans un nuage de fumée : Alors ?
  • Moi : Alors quoi ?
  • Le pigeon : Ça fait quoi d’être enfermé ?
  • Moi : ?
  • Le pigeon : Ça fait quoi d’être enfermés, entassés, coincés, confinés quoi ?
  • Moi : … c’est désagréable, triste, long ; ça génère une espèce de tension. Et puis la vue depuis la fenêtre est limitée. Une maison en vis-à-vis avec la voisine (ou un pigeon) qui fume sa clope toutes les heures c’est pas très exaltant. On a beau être dans un village, avec un jardin, une terrasse, ça ne serait pas le même confinement.
  • Le pigeon : Tu m’étonnes !
  • Moi : Pourquoi tu me demandes ça ?
  • Le pigeon : Ça ne te rappelle rien ?
  • Moi : Non, à quoi tu penses ?
  • Le pigeon tire longuement et avec une apparente délectation sur la fin de sa clope : Entassés, serrés, coincés, en batterie, … comme des oies, des poulets !
  • Moi : D’accord, je vois.
  • Le pigeon écrase son mégot : Ne t’inquiète pas, personne ne va pas venir vous gaver ! Vous avez en plus des fenêtres, une heure de déplacement par jour, le luxe, pas comme dans les élevages intensifs.
  • Moi : Ce n’est quand même pas vous qui avez créé ce virus, ce n’est pas une vengeance ?
  • Le pigeon qui manque de s’étouffer de rire, du tabac, je ne sais pas : Non, non, vous vous êtes mis tous seuls dans cette situation, c’est ça le plus drôle. Mais rassure-toi, nous n’allons pas vous couper le bec comme ça se pratique dans les élevages, ni vous vacciner (vous allez peut-être y passer quand même), ni vous doper aux hormones, chose que vous savez depuis longtemps faire tout seul aussi !
  • Moi : Mais vous allez faire quoi alors ?

Le pigeon allume la dernière cigarette de son paquet qu’il laisse tomber au sol : Rien. Enfin si, vivre ! Je te raconterai comment ça se passe dehors, je sais où te trouver. A moins que tu te décides à sortir ? En tout cas vous, les humains, si vous étiez des oiseaux, à coup sûr, vous seriez des moutons !

Marcel Pseudo

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