Habiter en oiseau*

Un mois déjà à ce régime-là, qui l’aurait cru ?

Fenêtre équipée d’un « rainbow maker », je vis au milieu d’arcs en ciel tournants quelques heures par jour en écoutant serins, moineaux, rouge queue noir, hirondelles de fenêtre et pour la première fois en 8 ans, un rouge queue à front blanc. Leurs conciliabules respectueux des temps de parole sont habités de silences qui font de la perspective des notes suivante une douce espérance.

Les oiseaux n’ont pas eu l’idée d’inventer frontières et pièces d’identité. Ils s’inventent certes des territoires éphémères mais sur la base de mises en scène bien plus sonores et colorées que belliqueuses.

Pour réguler les tensions ils surjouent ce que nous croyions être une simple ligne de démarcation, une loi du plus fort alors qu’il y a dans le chant une volonté d’organisation collective et de partage de l’espace terrestre, aérien et accoustique.

Défendre un espace pour que le voisin ait le sien. Stimuler une opposition qui renforce les convergences d’intérêt. Jouer à menacer celui qui par sa présence devient de fait un allier. Il y a trop de subtilité dans la scénographie des oiseaux pour qu’un humain saisisse le quart de ce qu’ils trament entre eux. Que diraient les animaux si … on leur posait les bonnes questions titre Vinciane Despret un de ces ouvrages avant de nous inviter à Habiter en oiseau.

Alors habitons en oiseau, reclus dans notre nid prenons le temps de nous poser les bonnes questions pour à leur manière, partager ressources et espaces.
Si j’étais un oiseau je ne voudrais ni mangeoires ni nichoirs, juste la nature qui normalement nous offre tout !

*Habiter en oiseau, Vinciane Despret, Actes Sud

René Pseudo

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