Dernières nouvelles d’Alsace (centrale)

Donne-moi des nouvelles. Pas des chiffres, pas de déclarations qui répondent aux déclarations qui répondent … Donne-moi des nouvelles de ces fleurs de sous-bois à peine espérées qui déjà sont fanées, du prunelier qui a passé le témoin à l’aubépine. Verrons-nous les ombelles du sureau ?

Parle-moi des mares où les crapauds que je n’aurai vu arriver sont déjà partis, des tritons qui s’y agitent encore, entre parades et chasse aux têtards de ces mêmes crapauds. Sur le bord, le jaune des iris des marais doit sans doute réveiller les premières demoiselles.

Le rossignol chante tellement fort le soir que je sais qu’il est arrivé, maintenant j’attends les martinets. Dans leur langue le mot « confinement » se dit « cage ».

Je sais aussi, enfin je suppose les blaireautins en vadrouille, ils ont quitté le terrier ; les faons eux ne tarderont pas à naître dans un muguet qui sous ce soleil doit être déjà bien avancé. Tu me le confirmes ?

Ça fait 8 ans que j’habite ici et c’est la première fois que tu chantes au centre du village. Comme si tu avais senti l’urgence, la détresse. Deux semaines que je peux dire « un rouge queue à front blanc est presque sur le rebord de ma fenêtre ». Deux semaines où quand tu chantes, je souris bêtement.

A travers ton chant tu donnes des nouvelles de ces pays traversés durant ces mois passés. Il parait qu’à tes accents, tes bribes d’imitation qui disent les oiseaux fréquentés durant ta migration on peut tracer la carte de ton voyage. Alors, entre mélange de lieux visités, vécus et d’autres fantasmés, je longe avec toi vallées et rivières, franchis cols et frontières, m’arrête sur une place de marché, une cabane de jardin, l’inévitable zone commerciale aussi, les chantiers d’autoroute où avant les pelleteuses tu aurais pu t’arrêter. Et la Méditerranée, qu’en est-il ? Il y a des morts qu’on préfère ne pas regarder.

A ce propos, si j’ai un conseil à te donner, méfie-toi si tu descends dans les vergers. Elle aussi doit manger et d’ici quelques semaines je l’espère, nourrir une nichée mais je préfèrerais que tu ne figures pas au menu de la chevêche. Peut-être y a-t-il suffisamment de hannetons et de cétoines cette année pour satisfaire son appétit.

Enfin avec tous ces chats tu n’es pas davantage aidé ici.

Bref, n’oublie pas, reviens me voir au premier martinet, au premier n’importe quoi. Et si tu peux, donne-moi des nouvelles, des fleurs de noyer, des lucanes, des hérissons qui profitent je l’espère de croiser moins de voitures, parle-moi les étoiles, de tout ce que tu veux. De moi.


Si j’étais un oiseau, je dormirais sans doute à cette heure-ci !

 

Hector Pseudo

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